L'Sculpteur Aitor Urdangarin

"LA SCULPTURE D’AITOR URDANGARIN

Critique sculpteur Aitor Urdangarin

"LA SCULPTURE D’AITOR URDANGARIN

“[…] La sculpture est née dans le Jardin des Délices (Éden); là où Dieu souffla sur une figurine façonnée avec de la boue, créant ainsi le premier homme: […] Adam […]. Depuis, la sculpture fut l’expression de la beauté du pouvoir: portraits d’Empereurs, de Philosophes, de Conquitadors et de Sportifs. Elle connut son apogée dans la Grèce Classique, mais elle tomba comme des Caryatides. Art religieux pendant le Haut Moyen-Âge, avec la Renaissance Florentine, la sculpture atteignit la catégorie de ‘Summa Artis’; et grâce au génie de Michel-Ange sa tridimensionnalité se transforma en un art du Vide, de l’Espace et de la Beauté extrême. Au temps des grands empires français et britanniques, la sculpture revint à la tradition classique du portrait. Mais, avec Canova, dans l’Atelier de l’Empire de Napoléon -le grand destructeur de l’Europe-, la sculpture se tourna vers le mystère de la Chair, la Sensualité et l’Installation (comme sculpture funéraire). Néanmoins, il faut attendre le XXe siècle et la Conquête l’Espace pour que la sculpture soit considérée à sa juste mesure: […] de Calder à la Géométrie de Gabo, elle arrive aux tourbillons-éclipses de Serra et aux mains en tant qu’éléments de la Conquête de l’espace de Chillida, dont les sculptures peignent les vents de la Belle Easo et les vagues déchaînées de la mer Cantabrique…”. Quand j’ai découvert pour la première fois les sculptures d’Aitor Urdangarin, j’ai eu l’impression de me trouver face à un sculpteur plus préoccupé par l’espace que par les lignes, un chercheur qui étudie davantage le vide que la matière; et dont la définition est le résultat d’un ‘dessin en trois dimensions’. Je n’admirais pas une sculpture en mouvement dans l’espace, mais un dessin en flottement dans l’espace, qui à son tour créait une sculpture flottante constituée de “spirales volantes” donnant lieu à des ébauches matériques et à des esquisses, et qui en tant qu’unité volante construisaient une sculpture parfaite et en mouvement dans l’espace. C’est ainsi que pour moi Aitor Urdangarin se rapproche davantage de Chillida que d’Oteiza. Néanmoins, si je dois être sincère, je vois en lui un sculpteur européen (enfin un basque qui ne se tourne pas vers le Constructivisme mais vers la Liberté sculpturale qui depuis Brancusi passa de Piccaso à David Smith, de Raimondi à Ceroli, de Marini à Manzu, de Pomodoro à Palladino et de MacMacollungh à Serra). Telle fut la conclusion de ce regard attentif, et c’est pourquoi j’ai voulu m’intéresser plus particulièrement à sa trajectoire. J’ai toujours aimé ce qui est différent, anachronique; et comme la sculpture d’Aitor Urdangarin est simplement belle et différente, elle ne pouvait que me plaire. Nombreuses sont les raisons pour lesquelles sa sculpture fait déjà partie de l’Histoire de l’Art, mais je me limiterai à citer les trois principaux piliers de son art:


1) […] Le matériau qu’il utilise est l’acier, mais il ne cherche nullement à le faire briller, car si ses sculptures étaient brillantes, elles relèveraient du simple acte de dessiner et ne seraient que des dessins décoratifs. Mais Aitor Urdangarin sait que la matière est froide, même si c’est la chaleur qui lui sert à en modeler les formes. C’est pourquoi il se sert de la matière à l’état brut, en jouant avec l’ombre et la lumière et en donnant à ses sculptures des textures différentes. En effet, en fonction de la lumière cette matière changera sa propre texture en trompant le spectateur, ce qu’on appelle le “langage de la forme”, et le dialogue s’établira entre le spectateur et l’œuvre […].

2) […] Ce qui surprend le plus dans les sculptures d’Aitor Urdangarin, c’est leur simplicité, et ce qui est simple devient toujours compliqué pour l’animal le plus bête, même si celui-ci domine le haut de la pyramide, je veux parler de l’homme. Par conséquent, ses sculptures sont de simples lignes qui modèlent le vide en attrapant le propre dessin, qui en créant une forme se libère en dessinant une sculpture totalement libre. Voilà ce que représentent ses sculptures: la Liberté de l’art et de la Géométrie [...].

3) […] Quand le spectateur regarde les sculptures d’Aitor Urdangarin il doit dialoguer avec les lois universelles de la Géométrie: […] une ligne est toujours droite, elle l’est également dans son obliquité, dans sa courbe et dans sa discontinuité; mais une ligne pénètre le vide de l’espace et elle peut à la fois dessiner et créer une forme. Quand on regarde ses sculptures tout se recoupe, tout devient clair: le dialogue entre matière-forme-dessin-représentation-sculpture est omniprésent, il est force, il est Art...
Je crois profondément que les sculptures d’Aitor Urdangarin sont le fruit d’une longue recherche, apparemment courte, sinon tout n’est que tromperie, on ne peut pas créer quelque chose de différent et à contre-courant sans avoir fait des recherches et médité un moment. Et il est impossible de penser que les sculptures d’Urdangarin sont le résultat d’un processus rapide et précipité. Et si tel est le cas, je crois que cela tient du spectateur qui, en observant de manière incorrecte ses sculptures, n’est pas capable de capter ce si merveilleux dialogue qu’elles établissent avec le silence irrésistible de la matière qui envahit toute la pièce en l’élevant et la faisant tourner autour de l’axe de gravité de l’Être et de la Forme, un dialogue à la fois raffiné et permanent entre la Matière et le Dessin […]. Quand on se trouve en présence des sculptures d’Aitor Urdangarin on doit se poser quelques questions: […] S’agit-il de dessins sculpturaux ou de sculptures qui dessinent en permanence dans l’espace? […] S’agit-il de sculptures géométriques qui dessinent une forme dans l’espace ou simplement de dessins qui récupèrent leur forme première de sculptures? […] Ou bien encore de simples sculptures qui nous aident à comprendre les trois dimensions d’un dessin dans l’espace? […] Peu importe le nombre de questions, nous n’arriverons sans doute jamais à la véritable recherche artistique d’Aitor, mais cette citation de Popper peut peut-être nous aider un peu à comprendre le monde fascinant et mystérieux de son Art: “[…] l’art n’est pas une science exacte, ou une expérimentation claire, ni même un résultat ou une somme d’équations mathématiques sur lesquelles se penche l’homme dans le but de résoudre les innombrables mystères de la science et de la vie humaine. Mais l’homme ne pourrait pas vivre sans éprouver de l’intérêt pour l’art, sans les rêves de l’art, sans l’innovation intérieure de l’Être au travers de l’Art, sans être capable de dessiner, de peindre, de sculpter et d’inventer l’estampage, autrement la photographie et le cinéma auraient été relégués dans les limbes de l’oubli. Si l’art n’avait pas contribué à ces inventions, l’homme n’aurait jamais éprouvé certains de ses sentiments les plus obscurs: la terreur, l’horreur, l’amour, la passion, le sexe, la libido et la nature. Grâce à l’Art, l’homme explore en luttant constamment contre son Cela et son JE, et en les faisant même s’affronter entre eux dans une lutte où la création s’impose sur la technique ou le contraire. L’art est le don suprême de l’Homme, car c’est en modelant et en sculptant un morceau de terre du Jardin des Délices que Dieu créa l’Homme, fruit de ses entrailles. Si l’homme est né de l’art, c’est de l’homme même qu’est né le monde merveilleux et mystérieux de son langage […]”. Et c’est tout simplement ce qu’Aitor Urdangarin nous montre au travers de son art et ses sculptures: forme, vide, espace, dessin, matière, verticalité, gravité, plénitude, horizontalité, force, faiblesse, tension, torsion, beauté, poésie, musicalité, silence, interdisciplinarité, tout, rien, pureté, dynamisme, géométrisme, imagination, point de lumière, participation, vitesse, action et symbolisme... Ce ne sont pas uniquement des beaux adjectifs ou des règles établies de l’art en soi, mais le “Artbeit” et le “Dasein” de la sculpture contemporaine, il faut juste regarder et se laisser porter par sa poésie, et c’est déjà beaucoup. Voilà ce qu’Aitor Urdangarin cherche simplement à nous montrer: pouvoir dialoguer et parler d’Art et avec l’Art. Ce qui de nos jours n’est nullement facile. Selon un poète: “[…] la sculpture est un poème né d’une simple ébauche, mais que la magie et le souffle de l’artiste modèlent et font renaître en trois dimensions en la déplaçant dans le vide et en dessinant une sculpture dans l’espace d’une idée […]”.

Artiste, écrivain et critique d’art.
-Massimiliano Tonelli-
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